Événement
Rabah Belamri
Fanny Laborie
Léon Poirier
Lieu de l'événement
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Profil de l'événement
Tout public
Gratuit
L'imprimerie d'Alsace-Lozère et la galerie Berthet-Aittouarès vous invite à célébrer Rabah Belamri, poète, conteur et romancier, disparu prématurément en 1995, à 49 ans. À l'occasion de cet hommage, seront exposés des portraits réalisés par Bernard-Gabriel Lafabrie, artiste, éditeur et ami du poète. Sera également lue une sélection de textes, mis en voix par Fanny Laborie, comédienne, et Léon Poirier, poète, dramaturge et musicien.
Rabah Belamri avait quarante-neuf ans quand la mort l’a emporté, en automne 1995. Il était en train d’écrire un roman, dont la première partie fut publiée un an plus tard, sous le titre Chronique du temps de l’innocence.
Sa cécité accidentelle a, bien entendu, donné à son œuvre une tonalité dramatique. Et ce n’est pas un hasard si son livre le plus célèbre, Regard blessé, est centré sur la perte de sa vue, à l’âge de seize ans. Mais ce handicap, qui le rapproche de Taha Hussein, l’auteur égyptien du Livre des jours, auquel il rend hommage parfois de manière codée, çà et là, n’a de profondeur que dans la mesure où l’écrivain y puise un élément d’inspiration. Il a, jusqu’à sa mort, affirmé cette autonomie de pensée et de création qui fait de lui un écrivain, certes algérien, ancré dans la réalité politique de son pays et son histoire, mais surtout universel.
Quoiqu’il se soit installé en France au début des années soixante-dix, autrement dit, quoiqu’il ait construit l’essentiel de son œuvre dans un autre décor que sa Petite Kabylie natale, c’est tourné vers les paysages de son enfance qu’il a écrit. Une enfance qu’il a vue de ses yeux et qui a constitué le seul décor visuel de sa vie, mais aussi une enfance qu’il n’a jamais voulu trahir.
L’œuvre proprement romanesque de Rabah Belamri (Femmes sans visage, L’Asile de pierre et Chronique du temps de l’innocence) est, en effet, entièrement consacrée, à travers ses héros qui sont ses doubles, même quand, comme dans le dernier ouvrage posthume, ils appartiennent à la demi-génération précédente, à l’histoire de l’Algérie. Ce ne sont pourtant pas des livres historiques, ce ne sont même pas des livres naturalistes : ce sont des livres intérieurs.
Je pense que l’identité profonde de Rabah Belamri, c’est l’écriture de ses poèmes qui en donne la clé. Il est avant tout poète. Entre Le galet et l’hirondelle et Corps seul, son dernier recueil, publié par sa femme Yvonne Belamri deux ans et demi après sa disparition, tout le système littéraire d’approche du monde et de soi est en place. Ce sont des poèmes, sans ponctuation, sans dogme, comme des fragments faits pour être gravés dans la pierre, pour appartenir à un paysage. Dans ces poèmes, il est souvent question d’angoisse, de cri inarticulé, de voyageurs altérés et silencieux qui frappent à la porte qu’on n’ouvre pas, qui continuent leur errance entre sommeil et veille, de cauchemars qui ne trouvent de répit qu’à l’aube, d’enfant qui pleure et ne trouve la paix que par lui-même.
Le travail d’humble anthropologue que Rabah a fait dans Les graines de la douleur, La rose rouge, L’oiseau du grenadier et Proverbes et dictons algériens est très important, car il contient des thématiques et des tonalités qui seront aussi celles de ses romans : l’onirisme, l’angélisme, la violence et la crudité, la présence féminine comme source de sagesse et de bienveillance et non pas seulement de séduction et de sexualité, le sourire ironique.
— René de Ceccatty, "Hommage à Rabah Belamri"