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Lundi 05 octobre 2026 de 11h à 12h sur RADIO FM PLUS 91fm Montpellier dans le cadre de l’émission Traces de Lumière je parle du poète Jean Sénac Les mots roulent dans la chair – rediffusion de l’émission samedi 10 octobre 2026 de 11h à 12h – vous pouvez écouter l’émission par internet et ensuite en podcast www.radiofmplus.org
On ne ressort pas indemne de la lecture de Jean Sénac « poète algérien de graphie française », ainsi qu’il se définissait lui-même, et qui fut assassiné dans sa cave-vigie d’Alger, frappé par cinq coups de couteau en pleine poitrine. Cette mort, il l’a sentait rôder : Pourquoi suivre cette trace - d’avance tout est conclu - quand vous laverez ma face - le soleil n’y sera plus. Les Français ne lui pardonnaient pas d’avoir été membre du F.L.N. pendant la guerre d’indépendance et d’avoir choisi l’Algérie. Le pouvoir algérien supportait mal ses positions très critiques à l’égard du système bureautique. On s’aperçoit pourtant que cet homme, qui garda jusqu’à la fin l’Algérie au cœur, constitue une indispensable charnière dans les rapports intellectuels et culturels franco–algériens. Rarement une existence aura autant collé à la poésie.
Poète, animateur, militant révolutionnaire, chrétien, homosexuel et français, se proclamant ouvertement plus algérien que n’importe qui, Jean Sénac a dérangé, de son vivant, autant le pouvoir bourgeois et colonial français, que l’extrême droite, les intégristes islamistes ou la bureaucratie algérienne. Sénac réclamait la révolution, oui, mais non sans liberté, amour et fraternité, Il est assassiné dans la nuit du 29 au 30 août 1973.
La première quête de Sénac est assurément celle, jamais assouvie du père. Il la redoublera dans ses relations, souvent capricieuses et houleuses, avec des amis plus âgés, tel Albert Camus, mythifiés comme pères substitutifs puis répudiés, ou des avant-courriers comme Verlaine, avec qui il finira, dans son apparence physique, par se confondre. La deuxième problématique de la personnalité du poète, est certainement celle de l’identité ; celle du Pied-Noir, aux ascendances espagnoles qui, ne parlant pas l'arabe et n'étant pas musulman, a opté très tôt, avec radicalité et lucidité, pour une Algérie algérienne. Dans sa Lettre d'un jeune poète algérien (1950), Sénac écrit entre autres : « L'Algérie reste une de ces terres tragiques où la justice attend son accomplissement. La colère prépare les matins généreux. Chaque jour dans les rues, l’homme y est humilié. Il sent peser sur lui la peur et le désordre, l’inégalité qu’engendre le régime des plus forts… Je salue ceux qui auront vu clair à temps… Que l'exilé s'en aille, mais que celui qui se sent solidaire des hommes du pays entre sans hésiter dans l'amitié de son peuple. Là où est l’injustice, l’artiste doit ériger la Parole comme une réponse terrible à la nuit. Et nous savons que l’injustice a ses bastions sur cette terre. Voilà pourquoi nous ne pouvons plus refuser une action qui nous réclame. » Sénac n'eut jamais en retour les fruits de cet engagement et, pour le moins, la reconnaissance de sa nationalité algérienne après l'indépendance. Il ne s'est préoccupé de son statut que lorsqu'il était trop tard — après le coup d'État de Boumediene en juin 1965 — et que le nouveau code de la nationalité — décrété le 15 décembre 1970 — avait rendu sa naturalisation plus difficile encore.